Tendance 2021 du e-commerce : informer les consommateurs sur l’impact carbone des livraisons ?

Vague
Le e-commerce a un rôle environnemental et climatique peu flatteur. Sa croissance exponentielle sur le plan économique, son cortège d’options de livraison ultra-rapides et pratiques se font au prix d’un impact carbone massif. Pourtant, les consommateurs attendent mieux sur ce dernier point. Comment changer la donne ?

Le transport de marchandises est un contributeur majeur au réchauffement climatique. S’il représente déjà plus de 10% des émissions de gaz à effet de serre (GES), c’est surtout la trajectoire qui est inquiétante. Les études sont pessimistes. L’International Transportation Forum estimait en 2015 que les émissions de gaz à effet de serre du fret seraient amenées à quadrupler entre 2010 et 2050.

Le e-commerce vert : une illusion ?

Un facteur joue un rôle central : l’essor du e-commerce. Chaque année, le chiffre d’affaires du secteur connaît un pourcentage d’augmentation à deux chiffres. Or, le e-commerce vert est pour l’heure une illusion. En cause ? La livraison, généralement à domicile.

Celle-ci pose de nombreux problèmes en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Premièrement, la livraison en e-commerce est largement sous-optimisée par rapport aux flux de distribution du commerce physique. Ces derniers sont réguliers et planifiés. Ils bénéficient en conséquence d’optimisations économiques qui ont un bénéfice environnemental induit, au niveau du taux de remplissage des véhicules ou des trajets retour par exemple.

Les flux e-commerce, eux, sont irréguliers et imprévisibles. Chaque tournée de livraison est différente de la précédente. Il est beaucoup plus difficile d’anticiper les besoins en transport et donc d’optimiser le remplissage des véhicules ou même des emballages. À ce tableau, il faut ajouter la question des retours : entre 20 et 30% des articles commandés en ligne sont retournés, contre moins de 10% dans le commerce physique. Cela crée des flux de transport supplémentaires. Enfin, on commence à peine à mesurer l’impact désastreux des options de livraison ultra-rapides, popularisées par Amazon et son offre Prime. Quand une livraison doit arriver à son destinataire en moins de 24h, quelles sont les possibilités d’optimisation ? Question rhétorique. Malheureusement, ces options de livraison tendent à devenir la norme. Le coût écologique de la livraison ne peut que croître. Peut-on briser l’engrenage ?

Les consommateurs attendent des informations sur l’impact environnemental de leurs livraisons

On pourrait se reposer sur l’essor des motorisations ou des véhicules de livraison alternatifs. Celui-ci est certes accéléré par des règlementations urbaines de plus en plus contraignantes. Cependant, ce phénomène va prendre du temps, or il est urgent d’agir.

Les entreprises de e-commerce sont très largement drivées par les attentes de leurs clients : s’il y a une solution rapide à trouver, elle est probablement à ce niveau. Alors, qu’attendent les consommateurs qui pourrait « naturellement » provoquer un basculement rapide vers une livraison éco-responsable ? Premièrement, les consommateurs demandent de la part des marques de la transparence sur les produits. 71% d’entre eux sont prêts à payer davantage pour une marque qui fournirait une transparence totale sur la fabrication, les matériaux utilisés ou la production. Cette recherche de transparence repose bien entendu sur des fondements sociétaux et environnementaux : les clients veulent connaître l’impact de leur mode de consommation.

Il ne s’agit d’ailleurs pas que de transparence et d’information : ils souhaitent également modifier leur comportement d’achat en fonction des informations disponibles. Ainsi, 70% des cyberacheteurs privilégient les sites internet mettant en avant une démarche écoresponsable, d’après l’enquête KPMG / Fevad menée en 2020. Et pour la livraison ? Là encore, les consommateurs sont prêts à faire des compromis : 70% d’entre eux sont prêts à attendre jusqu’à cinq jours pour une livraison plus verte. Autrement dit, le « toujours plus vite » n’est pas la seule option.

Les émissions de GES des livraisons demeurent une zone d’ombre

Le constat est très clair : les consommateurs attendent des informations sur l’impact environnemental de leurs commandes en ligne. Et la livraison est évidemment au cœur du sujet. Lorsqu’un voyageur réserve un billet de train ou d’avion, le vendeur lui fournit le plus souvent le niveau d’émissions de GES associé à son achat. Rien de tel en e-commerce. Le cyberacheteur est informé du délai et du coût de livraison, mais pas de son bilan carbone.

Pourtant, de vraies différences existent entre les différentes options de livraison proposées par les e-commerçants. Une livraison à domicile en 24h est par nature considérablement sous-optimisée, économiquement comme environnementalement. Elle va potentiellement générer entre 2 et 4 fois plus d’émissions qu’une livraison en point de retrait ou qu’une livraison standard à domicile. Ces dernières laissent généralement plus de temps aux prestataires pour consolider les commandes et les rassembler dans un seul véhicule. A ces optimisations techniques, il faut bien sûr ajouter les livraisons réalisées en véhicule propre, qui peuvent éventuellement être un peu plus coûteuses ou un peu moins rapides. Sans information précise sur les émissions de GES de la livraison, le consommateur n’a aucune incitation à favoriser des modes de livraison verts et éco-responsables.

Comment expliquer une telle différence avec le transport de passagers ? Tout simplement parce que le transport de marchandises est infiniment plus complexe. Il ne suffit pas de faire une simple opération entre consommation au kilomètre, distance et nombre de passagers. Il faut aussi tenir compte des spécificités des schémas de transport utilisés, des réseaux de plateformes empruntés, du taux de remplissage ou encore des motorisations ou modes de transport employés. Si les transporteurs calculent généralement eux-mêmes les émissions, leurs méthodologies et hypothèses divergent, ce qui rend l’information incomparable d’un prestataire à l’autre. Par ailleurs, ils manquent d’outils pour calculer ces émissions en instantané. Seul le e-commerçant, in fine, a la vue d’ensemble nécessaire, via les données brutes d’activité, pour générer une information fiable à destination de ses clients.

Pourquoi les e-commerçants ont intérêt à calculer l’impact environnemental des livraisons ?

Pour partager cette information, il faudrait aux e-commerçants un calculateur capable d’intégrer instantanément les différentes variables citées plus haut. Plus l’information est disponible, plus le calcul est précis. Quelques informations basiques permettront néanmoins d’obtenir un résultat fiable. De là, quels résultats peut-on attendre ?

Premièrement, en mettant le niveau d’émissions de GES de chaque option de livraison à disposition du client, le commerçant va l’inciter indirectement à se diriger vers les solutions les plus propres. Autrement dit, il donne les moyens à ses clients de réduire leur impact environnemental et, par ce biais, le sien également ! Cette dynamique vertueuse bénéficie au consommateur comme au vendeur. Bien sûr, la spirale positive ne s’arrête pas là : la transparence sur les émissions va inciter « tout naturellement » le site marchand à proposer davantage de solutions de livraison éco-responsable. Comme souvent en e-commerce, c’est l’anticipation des évolutions des habitudes de consommation qui peut provoquer des changements majeurs.

Ensuite, rappelons-le, cette information est demandée par les consommateurs. Très pragmatiquement, un site marchand proposant cette option gagnera un avantage significatif sur ses concurrents.

Il reste à aborder un dernier point : la course à la livraison rapide est un désastre aussi bien d’un point de vue économique qu’écologique. Les consommateurs n’étant pas prêts à payer le coût réel de la livraison, les e-commerçants sont contraints de la « subventionner » et, donc de perdre de l’argent sur la livraison. Si cette situation fait le bonheur d’Amazon, qui a les reins suffisamment solides pour encaisser des pertes monumentales pendant que ses concurrents boivent la tasse, elle n’est pas viable à long terme pour l’immense majorité des sites marchands. Or, les livraisons les plus écologiques sont le plus souvent les plus optimisées d’un point de vue économique – meilleur remplissage des véhicules par exemple. En faisant appel à la fibre écologique des consommateurs, les e-commerçants peuvent briser le cycle du toujours plus vite, toujours plus coûteux, toujours moins écologique. Ils peuvent changer la donne, pousser à des livraisons plus vertes et en même temps sortir d’une situation économiquement délétère.

Alors, qu’attend-on ?